Mardi 03 Octobre 2017

Pavillon d'or

VISITE DU PAVILLON D'OR KINKAKU-JI à KYOTO

*****

Essayons de compléter un peu l'histoire et la visite de ce beau pavillon (cf. article Kyoto) :

kyoto-kinkakuji-4 kinkakuji-neige

Kinkakuji-dorures-Kyoto

De son vrai nom Rokuon-ji (temple impérial du jardin des cerfs), le pavillon d'or est aujourd'hui appelé plus généralement : Kinkaku-ji (temple du pavillon d'or) se situe au pied des montagnes de Kyoto.

Kintsune Saionji (1171-1244) achète le site et y fit ériger un temple, achevé en 1224, afin d’attirer la protection des dieux sur sa famille.

Le shôgun Ashikaga Yoshimitsu (1358 - 1408) abdique en 1394 en faveur de son fils de 9 ans, Yoshimochi et entre ensuite dans les ordres bouddhistes, à l’âge de 38 ans. Désireux d'instaurer une marque forte de pouvoir dans la capitale impériale, Ashikaga Yoshimitsu, achète au clan Saioji déchu, le site sur lequel se trouve une villa en ruine. 

Il fait construire en 1397 une nouvelle villa de 3 étages (au rez-de-chaussée les murs sont faits de bois sombre, les 1er et 2ème étages sont recouvert de feuilles d’or pur) pour affirmer son pouvoir et sa gloire après les nombreuses batailles menées au nom de l’empereur. Une résidence privée achevée en 1398, nommée le kitayama-dono ou palais de la montagne du nord.  

En tant que politicien, Yoshimitsu accomplit 2 exploits remarquables pour son pays :

  • il mit fin au conflit guerrier opposant les 2 cours impériales pendant plus de 50 ans (1336-1392).
  • il relança et renforça les relations diplomatiques ainsi que les échanges commerciaux avec la Chine des Ming. Ce fut le 1er contact officiel entre les deux pays depuis près de 500 ans et la dynastie des Tang.

De 1402 à 1407, Yoshimitsu s’attachait chaque année à divertir au Kitayama-dono, les ambassadeurs envoyés par les Ming.

En 1408, l’empereur Go-Komatsu fut accueilli au Kitayama-dono et y séjourna pendant 3 semaines. A cette occasion, Yoshimitsu organisa une réception et se proposa de divertir l’Empereur par des spectacles de danse mai (provenant du théâtre nō), des pièces de sarugaku, des parties de kemari (jeu de balle qui s’apparente au football), des concours de poésie sous forme de renga ou de waka, sans compter les canots mis à disposition pour profiter de l’étang.

---> Dans le journal d’un prêtre du Shōkoku-ji, la résidence fut décrite comme étant : " … semblable au paradis ; la population parle de cette villa fascinante aux quatre coins de la ville. De très hautes structures, un pavillon fascinant et de splendides bâtiments décorés de peintures et de sculptures somptueuses. Tous ces éléments y sont éparpillés telles les étoiles dans le ciel." (traduction de l'auteur Tomoko Kamishima - Japantravel)

À la mort du shôgun Yoshimitsu, son fils Yoshimochi transforme l'endroit en temple Zen pour l'école Rinzai et le nomme Rokuon-ji.

La résidence brûle pendant la guerre Ônin (1467-1477) et seul le pavillon d’or reste intact. Le temple est pris dans les guerres de pouvoirs jusqu’au début de l’ère Edo.

---> Un autre journal, rédigé 200 ans plus tard par un prêtre du Kinkaku-ji et daté de 1638, raconte la scène suivante : "Nous avons apprécié un thé vert dans la pièce réservée à la cérémonie du thé, puis nous avons gravi la colline pour prendre le déjeuner et boire un peu de saké. Nous sommes ensuite retournés au Pavillon d’Or pour prendre un canot et parcourir l’étang. Nous avons savouré ce moment. Plus tard, nous avons mangé des udon et du riz, accompagné de plusieurs autres ingrédients."

Durant la période Meiji, le Kinkaku-ji souffre de la persécution des bouddhistes, mais parvient tout de même à rester intact. Il ouvre alors ses portes au public en 1894.

Après la 2nde guerre mondiale, il devient l’un des monuments japonais les plus visités.

En 1950, le temple est incendié, une nouvelle fois mais volontairement, par un moine dit "mentalement déficient" ou "fanatique" qui déclare avoir voulu se suicider avec le temple.

---> Yukio Mushima a écrit un roman, Le Pavillon d’or, sur cet événement.

Le temple est reconstruit à l’identique en 1955. Il est rénové en 1987, période pendant laquelle les dorures sont épaissies et recouverte d’une couche protectrice.

Depuis 1994, le Kinkaku-ji fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco.

---> Pendant l’ère Heinan, le site de l’actuel Kinkaku-ji aurait servi de cimetière et il parait que l’on peut encore y trouver la tombe de l’empereur En’yû. L’endroit serait aussi connu pour la chasse, ce qui explique l’autre nom du temple, Rokuon-ji (temple du jardin des cerfs).

*****

Le jardin de style Kaiyû (les visiteurs doivent faire un tour pour apprécier la beauté du jardin) comprend un étang Kyô-ko-chi.

A l’origine, ce terrain appartenait à un aristocrate, un certain Nakasukeo (1157-1222).

Comme vu précédemment, le noble de très haut rang, Saionji Kintsune l’acheta pour y construire une résidence ainsi qu’un vaste complexe bouddhiste pour sa famille, et décida d’appeler l’ensemble le Kitayama-dai. Tout autour de l’étang, il fit construire un chemin au travers d’un magnifique jardin, composé de chutes artificielles et de pierres. Au sommet d’une colline, il fit également bâtir un pavillon en pierre pour y déposer une effigie bouddhiste.

---> Le journal du noble Fujiwara no Teika (1162-1241), célèbre poète de l’époque Kamakura, nous indique qu’il venait apprécier ces somptueux jardins et qu’il y vénérait également une nouvelle icône bouddhiste. Il écrivit : "Cette demeure est sans rivale". Mais par la suite, avec la chute des Saionji, ces jardins tombèrent en ruines.

Quand Yoshimitsu prit possession de la propriété, il s’inspira du Saihō-ji (temple bouddhiste plus connu sous le nom de Kokedera "temple des Mousses") et construisit le jardin sur 2 étages : on traversait le 1er (jardin inférieur) autour d’un étang qui borde le pavillon et le 2ème (jardin supérieur) étant un jardin sec (jardin zen) qui entourait et empiétait sur le terrain d’un ancien cimetière.

jardin du kinkaku-ji

Le jardin inférieur symbolise l’existence d’un paradis en ce monde : Autrefois, le pavillon était relié à la partie Est de l’étang par un pont en forme d’arc. Pour les bouddhistes, le paradis de la Terre pure se trouve à l’Ouest. Le pont faisait donc office de passerelle entre le paradis de notre monde et celui de la Terre pure.

kinkaku-ji-escalier moussu

Le jardin supérieur, situé sur une petite colline, symbolise le monde des défunts : c'est à cet emplacement que Kintsune avait fait construire un temple bouddhiste et un cimetière. En concevant ce nouveau jardin, Yoshimitsu tira parti de cet ancien cimetière en opposant le monde des morts à l’éclat du Pavillon d’Or.

jardin sec jardin-cascade

*****

C'est l'un des temples bouddhistes les plus visités bien que les japonais lui préfère d'autres temples moins "bling-bling" dont son pendant argenté, le Ginkaku-ji.

Le bâtiment regroupe 3 types d'architecture différents :

  • le rez-de-chaussée (Hō-sui-in) est de style Shinden-zukuri, le style des palais de l'époque Heian.
  • le 1er étage (Chō-on-dō) suit le style Buke-zukuri des maisons de samouraï.
  • le 2ème étage (Kukkyō-chō) est de style Karayō, celui des temples Zen.

Au sommet du toit couvert de bardeaux se trouve la sculpture d'un fenghuang doré (phénix chinois).

Phenix du Kinkaku-ji

Il existe un salon du thé Sekkatei construit par Kanamori Sôwa, le maître du thé très populaire. Il a été construit pour accueillir l'empereur Gomizunô. Le nom vient de la vue du pavillon d'or qui est magnifique lors de coucher de soleil. Le salon du thé se caractérise par différentes formes de fenêtres, l'étagère Chigai-dana et par le pilier Toko-bashira du bambou sacré.

*****

Plan du Kinkaku-ji

Dès l'arrivée, le ticket d'entrée invite au voyage avec sa belle & poétique calligraphie :

ticket d'entrée-kinkaku-ji 

Une allée bordée d'arbres mène jusqu'à l'étang Kyôko-chi au milieu duquel trône le Kinkaku-ji. Il est interdit d'entrer dans le pavillon.

kinkaku-ji-entrée

Des ilôts rocheux sont disposés dans l'étang en suivant les indications de l'esthétique "zen" japonaise.

ilôts kinkaku-ji-étang et ilôt kinkakuji-9

Le jardin du temple, la plus grande partie de la visite, fait le tour du Kinkaku-ji, décoré de lanternes et de statuettes de pierre. 

kinkakuji-1 lanterne de pierre lanterne

Si vous parvenez à viser le trou de pierre ou le bol devant celui-ci (plus petit) aux pieds des statuettes bouddhiques alors la bonne fortune vous sourira...

pièces-Kinkaku ji

La visite prend fin dans le complexe bouddhiste, où chacun peut prier en faisant consumer un bâton d'encens aux vertus purificatrices aussi dédié à la divinité Fudô Myôô* (Acala, l’Immuable qui protège des puissances hostiles) ...

batons-encens

... et goûter une glace au matcha (thé vert moulu) ou un thé accompagné de son petit gâteau sucré et haricots rouges.

tea-cafe-golden-pavilion

glace matcha-hibinoyorokobi thé matcha et son gâteau haricots rouges

*****

Fudô Myôô* : Acala l'immuable ou "Acalanātha" le maître immuable, est une déité bouddhique du mikkyō (désigne l'enseignement secret du bouddhisme ésotérique Shingon), il est l'un des 5 rois du savoir, associé au feu et à la colère

Acala-Fudo Myoo

Il porte un lotus à 8 pétales sur le sommet de son crâne, tient dans sa main droite un glaive avec lequel il coupe les obstacles, et dans sa main gauche une corde qui symbolise la concentration et lui permet de lier les forces hostiles à l'éveil.

Il est souvent représenté sous forme courroucée avec le visage convulsé de colère. Ses canines sont saillantes, la droite pointant vers le haut, symbolisant le ciel et l'esprit, la gauche vers le bas, la terre et la matière. Une aura de feu agitée l'entoure complètement (les divinités pacifiques ont une aura semblable à une mer au repos). Il est assis sur un grand rocher symbolisant sa fermeté et sa détermination inébranlable. Il représente l’immuabilité (: le fait de ne jamais changé d'opinion, de sentiments ou de volonté et de rester fidèle à soi-même).

Il est donc l'un des 5 Myōō, "rois de lumière", défenseurs des 5 bouddhas de sagesse du vajrayāna (forme de bouddhisme d'origine indienne). Le bouddha auquel il correspond est Akshobhya.

Le mantra de ce roi du savoir est :

"Namaḥ samanta vajrāṇām ! Caṇḍa mahā-roṣaṇa sphoṭaya hūm traṭ hām mām !"

Rappelons que le mantra (hymne sacré, formule mystique, incantation magique) est une formule condensée, répétée sans cesse avec un certain rythme, dans un exercice de méditation ou à des fins religieuses. Ses vertus, conjuguées à l'intention et à la concentration du récitant, sont censées être bénéfiques.

 

Lani @+

Sources : wikipédia, kanpai, japanhoppers, vivrelejapon, japantravel, sites tourisme et restaurant, photos web&sites et hibinoyorokobi,